Peur de rougir en public

L’éreutophobie, ou encore la peur de rougir, fait partie de la très longue liste des phobies. Enfin…pas si simple que cela lorsqu’on en souffre et que la peur de rougir vous gâche la vie ! L’éreutophobie est une phobie sociale, c’est-à-dire qu’elle fait partie des peurs de faire quelque chose en public. Elle intervient toujours, comme toutes les phobies, sur un terrain anxieux, et on estime qu’elle touche environ 1% de la population. La peur de rougir touche principalement des adultes plutôt jeunes, elle est plus rare au-delà de 35 ans.

Le mécanisme de la phobie

Si les phobies sont aussi diverses que variées, leur mécanisme est toujours le même : la peur de rougir prend de plus en plus de place dans votre vie, peu à peu vous évitez toute situation susceptible de vous faire rougir, et cela, au final, renforce votre phobie. La phobie fonctionne comme un cercle vicieux : vous redoutez votre peur, vous mettez en place un mécanisme d’évitement, qui renforce cette peur, etc etc…

Retrouvez l’excellent article sur Slate d’Antoine Pelissolo, psychiatre et expert dans ce domaine : « L’enfer du quotidien pour les éreutophobes, ces personnes qui rougissent et en ont honte », dont voici les premières lignes

Rougir des joues, voilà une réaction tout à fait normale et universelle. Pourtant, certaines personnes développent une véritable obsession autour de la crainte de rougir devant les autres, et cette phobie peut se transformer en calvaire. Les médecins la nomment «éreutophobie», et cela depuis le XIXe siècle. Elle est beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense.

Un peu d’anatomie, pour commencer. Le rougissement du visage s’explique par un afflux de sang dans les petits vaisseaux présents sous la peau, qui peuvent se dilater sous le contrôle du système nerveux. Il s’agit d’une réaction normale, que tout le monde peut ressentir même si sa visibilité est variable selon la couleur et l’épaisseur de la peau. De même, l’intensité de cette réaction peut être différente d’une personne à l’autre, comme la plupart des phénomènes biologiques du corps.

Deux types de mécanisme peuvent expliquer l’apparition d’un rougissement. Le premier est purement physique: il vise à rafraîchir le corps, en évacuant un peu de chaleur excessive, lors d’un effort physique en particulier. En effet, la circulation du sang sous la peau permet d’augmenter la surface de contact avec l’air ambiant, et donc d’évacuer de la chaleur. Le maintien d’une température stable, autour de 37 °C, fait partie des priorités de notre organisme car il conditionne le fonctionnement de tous nos systèmes internes. À tel point que ce rougissement de «climatisation» est une réaction complètement automatique, comme la transpiration qui poursuit le même but, contre laquelle la volonté ne peut absolument rien.

Sous l’effet des émotions fortes

Le second mécanisme du rougissement est lié aux émotions. Toutes les émotions fortes, positives (plaisir) ou négatives (colère) peuvent en effet s’accompagner de rougissements. Cela s’explique par l’activation du système nerveux, avec libération de l’adrénaline qui agit sur le cœur, mais aussi sur les vaisseaux du visage. Et une gamme d’émotions est particulièrement en cause: celle de l’embarras, qui va de la simple gêne à la plus forte honte. On les ressent quand on est touché ou perturbé par la présence et surtout le regard de l’autre sur soi-même, que ce soit positivement (compliments reçus, envie de plaire) ou négativement (idée de culpabilité, crainte d’un jugement dévalorisant).

Comme le rougissement de chaleur, le rougissement «social» est un pur réflexe, ancré très profondément dans notre cerveau, et donc inaccessible à la volonté. Si l’on se fie au déterminisme, on peut penser que cette réaction a une fonction essentielle pour la vie en société: en montrant à l’autre, même sans langage, qu’on est conscient de sa présence et de son point de vue, on évite un rapport de force et une agressivité qui pourraient être délétères pour les deux individus et donc ainsi pour l’ensemble de l’espèce. Les émotions fondamentales ont en effet préexisté au langage, et se retrouvent dans beaucoup d’espèces de mammifères. Elles s’accompagnent toujours d’une partie visible aux autres qui sert à la communication: mimique du visage, attitude corporelle, etc.

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